Marie Poitevin

Marie Thérese Pierrette Eugénie Poitevin est née le 20 novembre 1951 à Magnac-sur-Touvre en Charente.

D'origine modeste, elle se consacre au théâtre puis à des téléfilms avant d'être remarquée par Suzanne Schiffman qui lui donne un petit rôle dans la Nuit américaine de François Truffaut

Elle passe de l'autre coté de la caméra, sous son nom de Marie Poitevin pour Le Ravissement, un film de Raphaël Jacoulot en 2001, puis A Bright Interval, en 2003, film d'Émilie Lamoine

 

Le principal atout de Marie : une forme de sincérité, une envie d'être. Aujourd'hui, elle s'étonne toujours d'avoir la chance de jouer alors que tant de carrières se sont arrêtées sans raison, alors que ce métier est l'un des plus injustes qui soient.
Pour Marie Poitevin, il ne faut pas tout miser sur ce métier, il faut avoir d'autres intérêts.
Il ne faut surtout pas tout axer sur soi.

D'un metteur en scène, qu'attend Marie Poitevin ? "Qu'il m'aime, qu'il m'aide...".


Filmographie sélective

Actrice

  • 1973 : La Nuit américaine de François Truffaut
  • 1977 : L'Homme qui aimait les femmes de François Truffaut
  • 1983 : La Vie est un Roman d'Alain Resnais
  • 1987 : L'Ami de mon amie d' Éric Rohmer
  • 1988 : Une Affaire de femmes de Claude Chabrol
  • 1998 : Ceux qui m'aiment prendront le train de Patrice Chéreau
  • 2003 : 7 ans de mariage de Didier Bourdon

Directrice de la photographie

  • 2001 : Le Ravissement de Raphaël Jacoulot
  • 2003 : A Bright Interval d'Émilie Lamoine

Réalisatrice

  • 2001 : Last Festival
  • 2001 : Perchée
  • 2007 : Julien Blaine, l'éléphant et la chute film sur Julien Blaine

 


Interview donné à la Charente Libre le 20 novembre 1991:

CL: Comment étaient vos débuts ?

Marie: C'est loin tout cela. En fait, comme tout le monde, j'ai dû commencer par jouer au théâtre. Ensuite, j'ai eu quelques rôles plus ou moins importants à la télévision. Enfin, comme tout le monde le sait, j'avais accepté d'interpréter de petits rôles avant d'arriver aux grands.

CL: Enfant, avez-vous rêvé de faire du cinéma ?

Marie : Pas du tout. C'est plus tard que l'envie m'est venue. Au contraire à cet âge, je fréquentais peu les cinémas et je voyais rarement la télé. J'ai toujours placé cela dans un univers lointain, jusqu'au moment où j'ai commencé à franchir les étapes concrètes.

CL: En quelque sorte, vous avez voulu être partie prenante de cet univers plutôt que de rester consommatrice ?

Marie : Oui. À un moment donné, je me suis dit : "Où puis-je trouver ma juste place ?" Comment participer à la construction de ce monde, tout en restant moi-même à la fois dans l'effort et dans le plaisir ? Par ailleurs, j'ai eu l'extraordinaire chance de trouver du cinéma qui reste pour une femme l'un des plus beaux accomplissements de soi qui puisse exister. Bien sûr, quand on a la chance de rencontrer des gens intéressants avec lesquels on arrive à travailler avec aisance et plaisir.

CL: Comment définissez-vous un rôle ?

Marie : En fait, chaque rôle m'apporte un certain plaisir. En réalité, on n'enfile pas les rôles comme des perles sur un collier. Ils sont choisis avec précaution et des critères bien déterminés. À chaque fois, c'est une expérience de vie et une aventure. Il faut dire aussi que cela est un moyen de gagner sa vie, mais il demeure une grande chance pour ceux auxquels cela correspond à un désir profond.

CL: Quels sont vos critères de base quant à l'acceptation d'un rôle ?

Marie : Cela varie en fonction des aventures et des films. Toutefois, pour moi, le critère de base reste indéniablement le metteur en scène. En fait, la réussite d'un film réside dans ce grand orchestrateur. C'est lui qui fait l'échec ou la réussite d'une réalisation, même si la pierre apportée par les acteurs à ce grand édifice est importante. Mon expérience me dit que le cinéma est un art individuel et une expression personnelle et non pas une succession d'images vidées de signification.

CL : Ressemblez-vous aux personnages que vous avez interprétés ?

Marie : Tout au long du film, j'essaie de donner l'impression qu'il y a une symbiose, alors qu'en réalité, il y a une grande différence. Je joue sur cette ambiguïté. J'oscille entre le mensonge et la vérité, le masque et la nudité. Malgré tout, je reste toujours moi-même. Cela fait partie de la magie du cinéma.

CL : On est loin de la conception sartrienne de la vie ?

Marie : Il est vrai que, souvent, ils sont rattrapés par la fatalité. Ils sont, par-là, transfigurés et transcendés par leurs douleurs. Cela leur permet d'accéder au statut d'héroïnes. Peut-être que les personnages que j'ai interprétés ne prennent pas toujours leurs destinées respectives en main, mais moi, en tant qu'actrice, je l'ai fait. Donc, dans ce sens, je suis un peu sartrienne.

CL: Est-ce que le souci de ne pas altérer l'authenticité du texte original vous hante en jouant des rôles adaptés ?

Marie : Non. En général, j'ai toujours la clef des champs. J'ai toujours le sentiment et l'impression d'être complètement fidèle à moi-même. Par ailleurs, je ne me suis jamais sentie prisonnière.

CL : En tant qu'artiste, comment évaluez-vous la situation de l'artiste à notre époque ?

Marie : Ce n'est pas à moi de le faire car je ne suis pas artiste. Je suis actrice. Ceci dit, je laisse le soin aux artistes de le faire.

CL : Comment définissez-vous une actrice ?

Marie : Un instrument au service du metteur en scène qui reste, pour moi, le grand maître tout-puissant. La vrai fin d'un film, c'est quand il est présenté au public. C'est aussi sa vraie naissance. C'est le public qui décide de sa longévité ou de sa mort. Autrement dit, me concernant, en tant qu'actrice, mon travail finit avec le tournage.